Daphné Desmettre

Psychologue clinicienne

Un article a paru dans le numéro 465 du magazine BIBA en novembre 2018 pour lequel j'ai été interviewée...

Inspiré du dossier “Sexualité dans le couple” paru dans Biba (n°465, Novembre 2018), voici une relecture personnelle et réécrite du sujet, dans la continuité du travail de Daphné Desmettre sur les relations et la sexualité.

La sexualité dans le couple : parler, ressentir, réinventer

Quand la routine s’installe

Au début d’une relation, tout semble évident. Le désir naît spontanément, la curiosité de l’autre suffit à entretenir la flamme, et les moments d’intimité se construisent presque sans effort.
Mais avec le temps, la vie quotidienne s’invite dans la chambre : le travail, la fatigue, les enfants, les obligations. Peu à peu, la sexualité se transforme, elle ne disparaît pas forcément, mais elle change de rythme, de sens, parfois même de rôle.

Ce n’est pas une fatalité. C’est une évolution naturelle du couple, qui demande simplement d’être comprise et accompagnée. Le silence, en revanche, est souvent le vrai danger : on préfère éviter le sujet par peur de blesser ou d’être jugé, alors qu’il suffirait parfois d’en parler pour relancer le lien.

Le grand tabou : en parler vraiment

Contrairement à ce que suggèrent les médias ou les réseaux sociaux, le désir n’est pas une flamme qui brûle en continu. Il fluctue, comme l’énergie, la créativité ou la confiance.
Les femmes et les hommes ne fonctionnent pas de la même manière : le désir féminin est souvent contextuel, il naît d’une ambiance, d’une tendresse, d’un sentiment de sécurité tandis que le désir masculin peut être plus direct, mais aussi plus fragile qu’on ne le croit.

Ces différences ne sont pas des oppositions, mais des rythmes à harmoniser. Comprendre le cycle de l’autre, ses moments de fatigue ou de stress, c’est déjà faire preuve d’attention.
Et si l’un des deux traverse une baisse de libido, il ne faut pas y voir une menace pour le couple, mais une invitation à explorer d’autres formes d’intimité.

Le désir n’est pas une constante

Contrairement à ce que suggèrent les médias ou les réseaux sociaux, le désir n’est pas une flamme qui brûle en continu. Il fluctue, comme l’énergie, la créativité ou la confiance.
Les femmes et les hommes ne fonctionnent pas de la même manière : le désir féminin est souvent contextuel — il naît d’une ambiance, d’une tendresse, d’un sentiment de sécurité — tandis que le désir masculin peut être plus direct, mais aussi plus fragile qu’on ne le croit.

Ces différences ne sont pas des oppositions, mais des rythmes à harmoniser. Comprendre le cycle de l’autre, ses moments de fatigue ou de stress, c’est déjà faire preuve d’attention.
Et si l’un des deux traverse une baisse de libido, il ne faut pas y voir une menace pour le couple, mais une invitation à explorer d’autres formes d’intimité.

Réinventer le lien : la complicité avant la performance

Dans une société obsédée par la performance, beaucoup de couples confondent sexualité et prouesse.
Mais le plaisir n’est pas une démonstration : il se joue dans la présence, dans la qualité de l’échange, dans la capacité à se laisser traverser par les sensations sans chercher à « réussir ».

La complicité, c’est ce moment où le regard, le geste, la respiration se répondent naturellement. On retrouve cela quand on cesse de se juger et qu’on s’autorise à être imparfait.

Une sexualité épanouie ne passe pas forcément par des pratiques nouvelles ou spectaculaires, mais souvent par de petits détails : une lumière douce, un mot chuchoté, une attention sincère.

Les obstacles invisibles : stress, écrans et pression sociale

Beaucoup de couples croient avoir un « problème sexuel », alors qu’ils ont surtout un problème de temps, de rythme ou d’énergie mentale.
Le stress, le manque de sommeil, l’usage constant des écrans, tout cela consomme la disponibilité émotionnelle nécessaire à la rencontre.
On ne peut pas désirer quelqu’un quand on n’a même plus d’espace pour soi.

La société ajoute une couche de pression : les injonctions à « avoir une vie sexuelle épanouie », les comparaisons permanentes, les conseils simplistes.
Résultat : on se met à douter de soi, à se comparer, à culpabiliser. Alors qu’en réalité, chaque couple a sa propre fréquence, sa propre manière d’exprimer la tendresse et le désir.

Oser changer le scénario

Parfois, c’est simplement le scénario qui s’est figé. On fait l’amour « comme d’habitude », dans le même ordre, à la même heure, sans même s’en rendre compte.
Changer, ce n’est pas tout révolutionner, c’est introduire un souffle de nouveauté : un mot différent, un lieu inhabituel, un jeu, une ambiance.
Le corps adore la surprise, surtout quand elle vient de quelqu’un qu’il connaît déjà.

La curiosité n’appartient pas qu’aux débuts : elle se cultive.
Et c’est souvent le plus beau signe d’amour celui qui dit : « Je veux encore te découvrir. »

La sexualité comme langage émotionnel

Faire l’amour, ce n’est pas seulement partager un plaisir physique : c’est un langage à part entière, un moyen de dire « je te vois, je te ressens, je te choisis ».
Quand le corps devient messager, il dit parfois ce que les mots taisent : la tendresse, la gratitude, la colère aussi parfois.
Savoir écouter ces signaux sans se juger, sans analyser à l’excès permet de mieux comprendre ce que chacun traverse.

Certaines personnes expriment leur besoin d’amour par le contact, d’autres par la parole ou le regard. Reconnaître ces différences est déjà une forme d’intelligence affective.

Quand demander de l’aide ?

Il arrive que les blocages soient plus profonds : douleurs, absence de désir, difficultés d’érection, peur de l’intimité…
Dans ces cas-là, consulter un sexothérapeute ou un thérapeute de couple n’est pas un échec, mais un signe de maturité.
Un professionnel aide à remettre les mots justes là où le malaise s’est installé, et à reconstruire la confiance.

Souvent, quelques séances suffisent à relancer la communication et à dédramatiser ce qui paraissait insurmontable.

Retrouver le plaisir du jeu

Au fond, la sexualité est un terrain de jeu, pas un devoir.
Elle demande de la légèreté, du rire, parfois même un peu d’humour. Les couples qui rient ensemble au lit sont souvent ceux qui durent, parce qu’ils savent que l’érotisme ne se réduit pas à l’acte : c’est une danse, un langage, un terrain d’imagination.

Réapprendre à flirter, à se surprendre, à créer du désir par des gestes simples, un regard appuyé, un message glissé dans la journée fait renaître une énergie souvent oubliée.

En résumé : la sexualité n’est pas un baromètre de l’amour, mais un reflet de la relation

Quand la sexualité va bien, c’est souvent que la relation respire.
Quand elle se complique, c’est un signal, non pas de désamour, mais de transformation.
Le couple qui ose regarder ce signal et en parler, plutôt que de l’ignorer, s’offre une chance de grandir.

Car au fond, la sexualité n’est pas une fin en soi : c’est une manière d’habiter la relation, de dire « je suis là, avec toi, maintenant ».

Et c’est peut-être ça, le véritable secret d’un couple durable.